A qui profite la fripe ?

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Le marché des vêtements d’occasion dépassera celui du luxe d’ici 2022 et celui de la fast fashion en 2028 !

Arrêtez-moi si je me trompe, mais l’explosion du marché de la seconde main ne devrait-il pas être le résultat d’une réflexion sur nos modes de consommation ?

Au lieu de ça, c’est devenu une tendance hyper branchée, utilisée désormais par les marques de la grande distribution et les marques de Luxe.

La mode d’occasion devient « fashion »… ça ne choque personne ?

 

Tout le monde n’achète pas ses vêtements en pensant à la planète… retour aux origines de la fripe.

Par définition, une friperie est un commerce qui vend des vêtements d’occasion. Les plus connues sont tenues par des associations de collectes comme Emmaus, le Relais, la Croix Rouge, le Secours Populaire ou Fringuette sur le Bassin d’Arcachon (lire notre article sur Fringuette).

Dans la grande majorité des cas, le tri, les éventuelles réparations et la mise en vente de ces vêtements sont effectués par des entreprises de réinsertion sociale.

La motivation est d’abord financière, mais pas seulement.
Les fans de « seconde main » revendiquent le choix de la différence en affirmant un style personnel, loin des standards de la mode. Esprits rebelles, ils privilégient l’originalité, la qualité des tissus anciens (faits pour durer) et de la confection.

Mais ça c’était avant !

 

Ce phénomène étant désormais très vendeur, des friperies « nouvelles générations » entrent dans la danse, reproduisant à s’y méprendre les codes des boutiques de mode les plus branchées.

Des collectes d’un nouveau genre se développent.
Les marques de « prêt à jeter » (oups pardon « prêt à porter ») se mettent à « l’économie circulaire ».
N’y voyez aucune volonté de mieux produire et de faire de la qualité ; c’est une technique commerciale que vous connaissez bien : le « Green-Washing ». Largement pratiqué de nos jours pour se donner une image écoresponsable alors qu’il n’en est rien.

Certaines marques haut de gamme ou de luxe, revendent leurs propres vêtements usagés.
Ainsi, Sézane, Bocage, Cyrillus… encouragent leurs clients à rapporter les articles qu’ils ne portent plus et les proposent sur leur propre plateforme d’occasion.
Cela leur permet non seulement de « garder » un certain contrôle sur la revente de leurs collections, mais aussi de limiter les contrefaçons et d’assurer la qualité des produits revendus.

Source et crédit photo : www.eu.patagonia.com

Patagonia, célèbre marque californienne, garantit ses vêtements à vie et fait en sorte de réduire leur empreinte carbone.

Depuis trois ans, elle sillonne l’Europe dans une roulotte et propose de réparer un habit ou d’avoir des conseils afin de le faire soi-même.

Cliquez sur l’image    pour connaître les dates et les lieux où trouver la roulotte

D’autres se spécialisent dans le Upcycling.
Stella McCartney recycle les invendus de ses précédentes collections pour en créer une nouvelle.

Exit les puces et autres vide-greniers largement dépassés par le mouvement… vive le numérique ! Des sites spécialisés (plus ou moins éthiques) fleurissent sur la toile : Vinted, Vide Dressing, Vestiaire Collective, Ethic2hand…

Dans l’ensemble c’est plutôt positif mais attention aux « vices cachés ». Qui-y-a-t-il derrière le vernis ? Est-ce vraiment écologique de ne plus rien acheter neuf ?

 

Au cours de leur seconde vie, nos vêtements parcourent à nouveau la planète, repassent entre des dizaines de mains et font encore des milliers de kilomètres avant de revenir parfois à leur point de départ… dans une boutique vintage branchée de Paris ou de province.

Nous consommons 4 fois plus de vêtements qu’il y a 30 ans ; et nous jetons donc toujours plus.

Le drame, c’est qu’on le fait en toute bonne conscience car on pense que nos vêtements seront donnés aux plus pauvres. Or, seulement 2% des collectes sont réellement redistribués. Le reste part à l’autre bout du monde pour être revendus.

Revendus ??? Mais pourquoi ?
Parce qu’on jette teeeeeeellement… qu’il y a plus de vêtements usagés que de personnes dans le besoin. C’est dingue !

Du coup, les associations caritatives revendent en masse le surplus, sur les marchés internationaux, afin de se financer. C’est là que les professionnels de la fripe se fournissent en vêtements d’occasion, afin de reconstituer leurs stocks et remplir les rayons des « boutiques vintage ».

Imaginons le scénario : ce petit chemisier ne nous plaît plus. On le dépose dans un container, l’esprit léger car on fait une bonne action. Il part dans le centre de tri le plus proche (ça c’est dans le meilleur des cas, il peut très bien être expédié à des milliers de kilomètres). Ensuite, il est envoyé à l’autre bout du monde, pour être à nouveau trié, puis acheté par un intermédiaire, qui va le réexpédier en France (ou ailleurs) et le vendre dans la friperie à côté de chez nous ! Elle est pas belle la vie ?

Quand on décide d’acheter d’occasion pour réduire notre impact sur l’environnement, quel est le sens d’acheter un objet qui va faire plusieurs fois le tour de la terre ?

 

Trier, réutiliser, recycler sont de vrais gestes écoresponsables… dès lors que l’on considère les choses dans leur globalité.

Selon vous, quel vêtement est le plus éthique ?

  • Un beau T-shirt conçu avec soin dans un coton de qualité, acheté 40 ou 50 euros que l’on gardera 5 ou 10 ans car « purée on l’a payé un peu cher quand même » ? (qui fera 1500 km une seule fois)
  • Un T-shirt à 15 euros que l’on recyclera (ou vendra sur Vinted) dans 3 ou 6 mois en se disant « c’est pas grave, on fait un geste écolo » ? (qui fera des dizaines d’allers/retours entre chaque nouveau propriétaire)

Nous vivons une triste époque… car, si nous faisons le vide dans nos armoires, ce n’est pas vraiment pour répondre à un engagement écologique, ni par générosité envers les plus démunis.

Non, si nous vidons nos placards, c’est pour… pouvoir les remplir à nouveau de plein de vêtements.

Et pour nous encourager à consommer encore et toujours, les friperies chics, la vente en ligne, les techniques commerciales de certaines enseignes… sont de supers bons plans pour acheter plus pour pas (trop) cher.

Le renouvellement incessant de notre garde-robes (qu’elle soit vintage ou pas), la course aux prix bas… ça ne vous rappelle rien ? C’est la reproduction exacte du concept de la fast-fashion.

 

Qu’il soit neuf ou d’occasion, le marché du textile a un impact colossal sur l’environnement.

Le saviez-vous ?

  • On le voit partout dans les médias : l’industrie de la mode est l’une des plus polluante au monde. Consommation et pollution de l’eau, pesticides, traitements chimiques… si vous souhaitez en savoir davantage sur l’envers du décor, on en parle ICI 
  • Elle est responsable de 10% des émissions de carbone de l’humanité. C’est plus d’émissions que tous les vols internationaux et le transport maritime réunis.
  • Nous achetons de plus en plus de vêtements, que nous conservons moitié moins longtemps.
  • Environ 70% de nos vêtements sont en polyester, une matière synthétique pétro-chimique, en un mot : du plastique. Le polyester ne se décompose pas dans l’océan ; sa production libère 2 à 3 fois plus d’émissions de carbone que le coton.
    Chaque année, le lavage de nos vêtements libère 500 000 tonnes de microfibres polyester en mer, l’équivalent de 50 milliards de bouteilles en plastique.

Bonne nouvelle : la tendance est au recyclage. Des initiatives prometteuses se développent en vue de créer des vêtements neufs à partir de fibres recyclées. Sauf que, tout n’est pas recyclable (à peine 1% des matériaux utilisés pour la confection sont recyclés, selon la Fondation Ellen Mc Arthur) et trop de vêtements finissent à la décharge.

Chaque seconde, l’équivalent d’un camion à ordures rempli de vêtements est jeté ou brulé.

 

Comment arrêter cette folie ? Peut-on s’habiller sans sacrifier son style, son confort et la planète ?

Même s’il semble impossible d’avoir une parfaite traçabilité de la chaîne de fabrication, il est indispensable de chercher à comprendre ; savoir comment et par qui sont fabriqués nos vêtements.

Il faut prendre le temps de lire entre les lignes, remettre en question un message publicitaire, se demander, en toute honnêteté, quel est le prix juste d’un produit.

Imaginons par exemple, que nous ayons confectionné nous-mêmes cette veste ou ce T-shirt ? Combien vaudrait le prix de notre travail ?

Il faut repenser notre façon de consommer, en commençant par refuser (réduire) ce qui n’est pas indispensable. Avons-nous réellement besoin d’un troisième jean ?
Ne pourrait-on pas faire réparer cette paire de chaussures au lieu de la jeter ? Echanger une veste en double contre un manteau ? Réutiliser un vieux pull autrement ?

Et quand on n’a vraiment « plus rien à se mettre »… on privilégie les boutiques de proximité aux plateformes de vente en ligne.

Pour les grands événements, occasionnels voire exceptionnels… on peut aussi louer un beau costume ou une jolie robe de soirée.

Enfin, doit-on absolument se priver d’acheter neuf ? Pas nécessairement. Certaines marques s’engagent dans une réelle transition écologique.
On les reconnaît assez facilement : elles fabriquent localement, exigent de la qualité, des matières naturelles. Elles ne cautionnent pas les soldes car elles pratiquent des prix justes toute l’année. Leurs partenaires et/ou fournisseurs sont écoresponsables, elles proposent peu de collections, elles réutilisent les chutes de tissus ou produisent à la demande… bref elles sortent des sentiers battus.

 

Soyons lucides, changer nos (mauvais) réflexes de consommation demande des efforts et du temps, mais cela en vaut vraiment la peine.

Au lieu d’être esclaves de la mode, décidons d’en être acteurs. C’est sans doute la seule façon d’agir pour un avenir meilleur ; c’est également plus économique  et tellement plus créatif.

 

 

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